L’hiver, observer le ciel est toujours un challenge au vu des températures qui n’incitent, généralement, pas à rester plus de cinq minutes dehors ! Pourtant, vous allez voir que le ciel est considéré comme exceptionnellement beau en cette saison. Alors, pourquoi ne pas en profiter pour admirer ses mille et une merveilles lors d’une petite séance d’observation aux jumelles ?

Le ciel d’hiver est-il le plus beau ciel à observer ?

Savez-vous pourquoi dit-on que le ciel est plus beau l’hiver ? Selon l’astronome que vous interrogerez, il vous répondra parce que « Il y a plus d’étoiles brillantes avec des constellations bien marquées », ou « Le ciel est plus pur », ou encore « Les objets observables sont mieux »,… bref, est-ce que tout cela n’est pas juste qu’une question de goût ? Oui, mais pas que…

L’hiver, les nuits sont plus longues et plus fraîches, ce qui, d’un point de vue de l’observation astronomique, s’avère être mieux. En effet, la gêne principale de tout astronome est l’atmosphère. Cette couche qui est indispensable à la vie, turbule et perturbe les rayons lumineux qui la traversent et arrivent jusqu’au fond de notre œil. Mais, cette turbulence sera toujours plus faible en cœur de nuit et en hiver. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle est due, en partie, à la chaleur que renvoie la surface terrestre la nuit sous forme de rayonnement infrarouge. En hiver, durant la journée la surface chauffe moins, donc il y a moins de turbulence la nuit. CQFD ! Et, la nuit arrivant plus tôt, on bénéficie de davantage de temps après que cette turbulence se soit estompée ou ait quasiment disparu. Petit exemple en vidéo.

Ça, c’est la raison physique.

Mais, le cœur a ses raisons que la raison ignore me direz-vous ! Pour les astronomes aussi. Et, cette raison de cœur à un nom : Orion. C’est l’une, si ce n’est LA constellation la plus marquante et reconnaissable du ciel. Donc, la plus belle ? Ça, c’est tout à fait subjectif…

Mais, ce n’est pas le seul joyau du ciel hivernal, et, l’un des moyens les plus faciles pour découvrir toutes ces merveilles, ce sont les jumelles. À moindre frais et à moindre coût énergétique pour le corps et l’esprit humain, c’est un excellent moyen de se plonger dans les trésors astronomiques.

Alors, allons voir cela de plus près…

Principaux points techniques de l’observation aux jumelles

Tout d’abord, même si cela parait évident, une bonne paire de gants sera nécessaire pour tenir les jumelles sans avoir trop froid aux mains. On le rappelle, mettre ses mains dans ses poches quelques instants, permet de récupérer quelques degrés.

Il vous faudra aussi un sol stable, dur et le moins froid possible. Donc, éviter de planter les pieds dans l’herbe, car l’humidité va raccourcir votre présence dehors.

Pour une observation aux jumelles optimale, un support pour poser vos coudes ou un trépied pour fixer les jumelles, vous sera aussi nécessaire. En effet, même si les jumelles ne grossissent pas beaucoup, vous tremblerez toujours un peu, et cela vous permettra aussi de résister plus longtemps au poids des jumelles.
Si vous n’avez pas de trépied, vous pouvez opter pour un balai. Retournez-le et posez les jumelles sur la partie des poils.

N’hésitez pas, également, à faire de courtes pauses pour reposer votre cou. Vous le verrez, selon la position des objets dans le ciel, celui-ci est très sollicité et peut vite devenir douloureux. Ce qui s’avère être un facteur important de découragement. D’ailleurs, pour l’observation aux jumelles, une chaise longue est un élément de confort non négligeable.

Et en bonus… une bonne tasse chaude de votre boisson préférée pourra vous réconforter !

Petit conseil d’observation : que ce soit à l’œil nu ou dans un instrument optique, utilisez toujours la vision décalée, c’est-à-dire regardez légèrement à côté d’un objet céleste plutôt que directement dessus, afin d’observer et contempler ce que vous visez.

Vous pouvez également retrouver plus de conseils afin de vous guider au mieux dans vos observations célestes.

Les constellations d’hiver se dévoilent…

Plongeons maintenant au cœur du sujet.

Voici deux cartes qui vous présentent le ciel d’hiver avec les constellations principales et les objets à visiter aux jumelles.

Créé sous Stellarium

Figure 1 : carte du ciel d’hiver en direction du sud, de l’horizon (bas de l’image) au zénith (haut de l’image)

Créé sous Stellarium

Figure 2 (similaire à la figure 1) : carte du ciel d’hiver en direction du nord, de l’horizon au zénith

M42 : la nébuleuse d’Orion

Créé sous Stellarium

Figure 3 : constellation d’Orion

Le joyaux du ciel d’hiver se trouve dans la constellation d’Orion, juste en dessous de sa ceinture, dans son épée.

À l’œil nu, on distingue deux-trois étoiles en ligne verticale et au milieu, une tache. C’est celle-ci qu’il faut viser lors de votre observation aux jumelles.

Concrètement, dans le champ des jumelles, vous pourrez la repérer au milieu des étoiles brillantes.

Selon le champ et le diamètre de vos jumelles, cette tache se révélera plus ou moins étendue.

En vision décalée, on perçoit un peu plus de détails, notamment sa structure, avec des parties brillantes et des parties sombres.

Vous pourrez avoir l’impression de voir un oiseau avec ses ailes déployées.

Observation aux jumelles de la Nébuleuse d'Orion

Créé sous Stellarium

Figure 4 : Nébuleuse d’Orion (M42) vue avec des jumelles 10x60. À noter que la couleur rouge n’est pas visible avec notre simple œil humain

Sachez qu’à ce moment-là, ce que vous regardez se situe à près de 1300 années-lumière…

Au cœur même de cette nébuleuse, des étoiles se forment, grâce au gaz constituant la nébuleuse.

Voilà pourquoi nous appelons cette nébuleuse, une pouponnière d’étoiles.

Ce processus prend des millions d’années, vous n’en voyez donc qu’une infime partie.

NASA/ESA, domaine public.

Figure 5 : Nébuleuse d’Orion (M42) vue par le télescope spatial Hubble

M45 : les Pléiades

L’autre joyau du ciel d’hiver, et facilement visible à l’œil nu, est l’amas ouvert des Pléiades.

On le distingue tel un petit ensemble d’étoiles en forme de petite casserole. Elle est d’ailleurs souvent confondue avec la Petite Ourse.

Comment le repérer ? Depuis la ceinture d’Orion (les trois étoiles alignées), prolongez la ligne imaginaire vers la droite en visant l’étoile brillante et jaune, Aldébaran. Un peu plus loin, vous tombez sur un groupe d’étoiles : les Pléiades.

Lors d’une observation aux jumelles, cet amas apparaît en entier. On compte facilement sept étoiles très brillantes. Ce sont les sept sœurs de la mythologie grecque, filles d’Atlas et Pléioné : Astérope, Mérope, Électre, Maïa, Taygète, Célaéno (ou Sélène) et Alcyone. Selon Ératosthène, la plupart se sont unies à des dieux, engendrant diverses familles royales telles que celles de Troie ou de Sparte. De nombreuses civilisations dans le monde ont été inspirées par ce petit groupe d’étoiles.

NASA, ESA, AURA/Caltech, Observatoire de Palomar. Public domain, via Wikimedia Commons

Figure 8 : les Pléiades vu par le télescope de 122 cm (focale 2.5) de l'observatoire du Mont Palomar aux Etats-Unis.

Avec un peu d’entraînement, on peut essayer de les identifier, et même, d’observer deux étoiles supplémentaires : les Parents. Ce sont deux étoiles situées à gauche de l’amas, formant la queue, si on y voit là une petite casserole.

Cet amas regroupe en réalité des milliers d’étoiles, toutes jeunes, nées d’un même nuage de gaz et de poussière, également une pouponnière d’étoiles (comme M42), il y a à peine cent millions d’années.

Sa distance est estimée autour des 135 parsec, soit à 432 années-lumière, mais c’est un sujet polémique, en raison d’un désaccord entre différentes mesures.

Les Hyades

Cet amas d’étoiles est moins connu mais pourtant bien visible, non loin des Pléiades. Plus précisément, juste en dessous. Si vous repérez l’étoile Aldébaran, l’œil rouge du Taureau, vous y êtes !

Observation aux jumelles des Hyades

Créé sous Stellarium

Figure 9 : les Hyades vues aux jumelles 10x60. L’étoile Aldébaran apparaît en orangé en haut à gauche

Les étoiles constituant la majorité de la constellation du Taureau, hormis Aldébaran, sont les Hyades, en forme de « V ».

C’est l’amas ouvert le plus proche de la Terre. Il n’est situé qu’à 150 années-lumière. Il est donc aussi le mieux étudié.

Dans les jumelles, on y voit de nombreuses étoiles, quelques dizaines, de couleurs orangées. Les quatre principales sont des géantes rouges, donc plus froides que le Soleil.

[Petite parenthèse mythologie] Dans la mythologie grecque, les Hyades signifient « les pluvieuses » ou « les pleureuses ». Alors que dans la mythologie arabe, les Hyades signifient plutôt « les jeunes chamelles » (al-Qualaïs).

M36, 37 et 38 : amas ouverts du Cocher

Observation aux jumelles de l'amas du Cocher

Créé sous Stellarium

Figure 10 : Les deux amas ouverts M36 (en bas à gauche) et M38 (en haut) vus aux jumelles 10x60

Si vous regardez vers le zénith, vous pourrez voir la flamboyante étoile Capella : c’est l’étoile principale du Cocher, parmi les étoiles les plus brillantes du ciel (en 4e position chez nous).

Elle est bien visible, non loin du zénith, avec une coloration jaunâtre.

Le Cocher forme un pentagone (ou hexagone selon le nombre d’étoiles visibles) avec quatre ou cinq autres étoiles.

Au milieu de ce pentagone/hexagone, vous pourrez vous balader aux jumelles et tenter d’apercevoir des petites taches qui sont les deux amas : M36 et M38 (figure 10).

observation aux jumelles des deux amas M36 et M37

Créé sous Stellarium

Figure 11 : Les deux amas ouverts M36 (en haut à droite) et M37 (en bas à gauche) vus aux jumelles 10x60

Pour M37, il faut sortir du pentagone/hexagone.

Tout en gardant M36 dans le champ des jumelles, lors de votre observation, décalez-vous vers la gauche, et vous apercevrez une autre petite tache : M37 (figure 11).

Le double amas de Persée

Encore des amas allez-vous dire ? Eh bien oui ! Car, à l’œil nu et aux jumelles, ce sont des objets assez faciles à observer. Et, vous ne pouvez même pas imaginer tous les amas qu’il y a dans le ciel…

D’ailleurs, lorsque Charles Messier, l’astronome français qui a réalisé le premier catalogue des objets « nébuleux » au 18e siècle, ne le soupçonnait pas encore mais parmi les cent objets qu’il a recensés, la moitié concernait des amas d’étoiles.

Le double amas de Persée est visible à l’œil nu mais se révèle bien mieux dans une paire de jumelles. D’ailleurs, cette « étoile nébuleuse » était déjà connue des Babyloniens et des Grecs anciens.

Cette fois, vous allez vous orienter vers le nord ou le nord-ouest et tourner votre regard vers le zénith. Allons-y par étape :

observation aux jumelles du double amas de Persée

Créé sous Stellarium

Figure 12 : le double amas de Persée vu aux jumelles 10x60

1. Essayez de repérer la forme en W de Cassiopée ;

2. Entre Cassiopée et le zénith vous allez reconnaitre l’étoile très brillante du Cocher, Capella (avec une teinte jaune-orange) ;

3. Entre cette étoile Capella et le W de Cassiopée, vous allez trouver une étoile brillante. Il s’agit de Mirfak, l’étoile principale de Persée ;

4. Enfin, entre Mirfak et le W de Cassiopée, essayez de discerner une tache. C’est le double amas de Persée.

Lors de votre observation aux jumelles, si vous visez cet endroit, vous tomberez dessus et vous verrez que ces deux amas se détachent l’un de l’autre. Vous contemplerez un ensemble d’étoiles, plus nombreuses et plus concentrées que dans l’environnement proche.

Donald Pelletier, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Figure 13 : le double amas de Persée : image créée à l'aide du logiciel Aladin Sky Atlas du Centre de Données astronomiques de Strasbourg et des données de DSS (Digitized Sky Survey)

Ces deux amas sont des amas ouverts, c’est-à-dire qu’ils sont composés d’étoiles, dites jeunes. Il faut toujours relativiser en astronomie, car jeune signifie quelques millions d’années. Dans ce cas précis, ces amas sont nés il y a entre 11 et 12 millions d’années.

La particularité de ces deux amas est leur relative proximité car ils sont nés au sein du même nuage interstellaire (immense nuage de gaz et de poussière, sorte de pouponnière, dans laquelle peuvent se former des étoiles).

Il faut en prendre toute la mesure car ces amas mesurent environ 100 années-lumière de diamètre et sont séparés de 200 années-lumière.

Notre système solaire à côté est vraiment tout petit-petit !

La galaxie d’Andromède

Nous vous avons gardé le meilleur pour la fin ! Enfin, le meilleur… pas forcément en termes d’observation ou de brillance, mais plus sur le type d’objet et d’éloignement.

Vous l’avez compris, on parle ici d’une galaxie. Oui, oui… une autre galaxie que la nôtre. Et visible à l’œil nu ! Incroyable, non ?

Puisque vous êtes au niveau de Persée et de Cassiopée, tournez-vous vers l’ouest tout en continuant à viser le zénith.

observation aux jumelles de la galaxie d'Andromède

Créé sous Stellarium

La galaxie d’Andromède (M31) vue aux jumelles 10x60. À noter que cette image ne reflète pas exactement ce que vous verrez aux jumelles.

Il faut essayer de repérer une petite tache, plutôt sous le deuxième V (reportez-vous à la grande carte de la figure 2).

Ici, la vision décalée est plus que jamais nécessaire. Si vous percevez une tache sur le coin de l’œil, alors dites-vous que vous regardez une galaxie éloignée de 2,5 millions d’années !

Aux jumelles, elle apparaîtra de manière plus évidente et telle une tache plutôt allongée. Si vous avez une bonne paire de jumelles (avec un grossissement suffisant comme nous utilisons dans cet article), vous verrez une partie plus brillante au centre, et, de part et d’autre, des extensions moins brillantes.

Si vous bénéficiez, en plus, de conditions météos clémentes, vous pourrez même apercevoir à côté de la galaxie principale, deux autres petites taches qui sont deux galaxies satellites d’Andromède : M32 et M110. C’est surtout M110 qui est facilement distinguable, car plus détachée d’Andromède.

Donald Pelletier, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Figure 15 : la galaxie d’Andromède (M31) réalisée sur l’atlas céleste Aladin Sky Atlas avec ses deux galaxies satellites M32 et M110

Vous voilà maintenant paré pour observer les mille et une merveilles que nous réserve notre ciel hivernal. Et maintenant… à vos jumelles !