Il est là, tout nouveau tout beau, le télescope tant attendu ! Mais avant de vous lancer dans de folles nuits d’observation, il faudra d’abord calibrer votre instrument. Notre médiateur en astronomie vous en dit plus sur cette étape indispensable à une bonne observation.

Le chercheur, l’allié pour pointer les trésors célestes

Combien de débutants se sont découragés parce qu’ils ne réussissaient pas à pointer l’objet de leur convoitise… S’il semble difficile de rater la Lune, il peut en être tout autrement si vous cherchez un amas d’étoiles invisible à l’œil nu. Un chercheur bien réglé vous simplifiera la vie. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son nom, celui qui va chercher, c’est vous…

Comment ? Tout simplement, en regardant dedans. Plus concrètement, le chercheur est une petite lunette de visée équipée d’un réticule (dispositif optique composé de fils croisés, de traits ou de points, placé dans le plan focal d’un instrument pour guider la visée ou effectuer des mesures). Il faut, au préalable, régler la lunette pour qu’elle soit parallèle à l’axe de votre instrument principal.

La méthode est simple. Visez avec l’instrument (et non pas le chercheur car il n’est pas encore réglé) un clocher, une antenne, la pointe d’un arbre situé à l’horizon… en utilisant un grossissement minimum (c’est plus facile car le champ est plus large). Ensuite, utilisez le grossissement le plus important et centrez bien la pointe de l’objet visé. Regardez maintenant dans le chercheur et agissez sur les trois vis d’alignement pour centrer la croisée du réticule avec la pointe du clocher, par exemple.

Vous pouvez aussi en profiter pour aligner les axes du réticule en fonction du déplacement de la monture. Cela vous simplifiera aussi la vie par la suite !

Vue bien superposée des miroirs primaire et secondaire

La collimation ou l’art de bien régler l’optique de son instrument

C’est l’autre point indispensable au réglage de votre télescope. Apprendre à vérifier si celui-ci est collimaté. C’est-à-dire s’il aligne avec précision les différents composants ou axes optiques afin de garantir un fonctionnement optimal et des images nettes.

Il l’est ? Parfait, allez observer !

Il ne l’est pas ? Pas de panique, nous allons vous aider à l’ajuster.

Et puis, autant s’y préparer dès le départ, les miroirs se dérèglent durant le transport et doivent donc, en général, être à nouveau réglés avant chaque utilisation.

Pour ce faire, installez-vous devant l’ouverture du télescope, par où entre la lumière. Si, par exemple, sa focale est de 900 mm, il vous faudra alors vous placer à 900 mm et regarder dedans. Vous allez aligner votre regard pour observer le miroir secondaire bien au centre du miroir primaire.

Si son image se superpose parfaitement, il n’y a pas de problème.

Vue décalée des miroirs primaire et secondaire

Si son image est décalée, tournez tout doucement, et par 1/8e de tour au maximum, les trois vis de réglage qui sont à l’autre bout de l’instrument. L’idéal étant d’avoir quelqu’un pour vous y aider.

Commencez par une vis et voyez déjà ce qui se passe. Mais, surtout, ne les tournez pas toutes les trois en même temps.

Très facilement, vous réalignerez ainsi les miroirs.

On ne vous cache pas que la première fois, vous pourrez avoir quelques sueurs froides… mais vous réaliserez assez vite, qu’avec la pratique, cela devient un jeu d’enfants.

La mise en station avec la méthode Bigourdan

Si pour de simples observations en visuel, l’astronome amateur que vous souhaitez devenir peut se contenter d’orienter approximativement l’axe de son télescope en direction de l’Étoile polaire, vous devrez faire preuve d’une toute autre rigueur dès que vous voudrez effectuer des photos, des acquisitions d’images, ou utiliser les cercles de coordonnées (dispositifs gradués très utiles fixés sur les axes d’une monture de télescope) pour chercher un objet sous la voûte céleste.

Une mise en station s’avère donc incontournable. Il s’agit d’un réglage qui concerne les télescopes équipés d’une monture équatoriale. Il consiste à régler l’axe horaire de la monture pour le rendre parallèle à l’axe de rotation de la Terre. Ce réglage permet d’observer un astre pendant de longues périodes en suivant sa trajectoire par une simple rotation du télescope sur cet axe horaire.

Cette mise en station sera grandement simplifiée si la monture équatoriale dispose d’un viseur polaire. En effet, il suffira simplement de lire la notice.

En attendant, ne cherchez pas le ″Bigourdan″, il n’était pas rangé dans la boîte avec l’instrument !

Guillaume Bigourdan était astronome dans les années 1900. On lui doit une méthode des plus efficaces pour la mise en station d’un instrument sur une monture équatoriale. On vous en dit plus…

Petit préalable : vous savez certainement repérer l’étoile polaire, mais aussi, trouver le nord. Et bien maintenant, vous devez trouver le nord lorsque vous regardez dans votre instrument.

C’est simple. Quand la mise en station sera dégrossie, vous pointerez une étoile plein sud et regarderez dans l’oculaire. Exercez alors une pression sur le tube, en déclinaison, comme pour diriger l’instrument vers le nord. Là, regardez dans quel sens va dériver votre étoile, vous déterminerez ainsi la direction du nord dans l’instrument.

Ensuite, avant la tombée de la nuit, car c’est toujours plus facile lorsqu’il fait jour :

  • Orientez la monture sur le méridien à l’aide d’une boussole ;
  • Assurez-vous de la parfaite horizontalité de la base équatoriale à l’aide d’un niveau à bulle ;
  • Inclinez l’axe polaire par rapport au plan vertical selon un angle égal à la latitude du lieu.

Une fois la nuit tombée, pointez une étoile située sur l’équateur céleste et passant au méridien :

  • Si l’étoile dérive vers le nord, orientez la base équatoriale vers l’ouest ;
  • Si l’étoile dérive vers le sud, orientez la base équatoriale vers l’est.

Puis, pointez une étoile située à une déclinaison de 45° et passant à l’est :

  • Si l’étoile dérive vers le nord, diminuez l’angle de la latitude ;
  • Si l’étoile dérive vers le sud, augmentez l’angle de la latitude.

Gardez en mémoire que le temps passé à mettre un instrument en station n’est jamais du temps perdu. De cette opération dépendront le confort d’utilisation et l’usage des cercles de coordonnées. Mais, surtout, le plaisir et la satisfaction que vous aurez à observer le ciel.

Cependant, vous devrez aussi vous faire à l’idée qu’il est impossible de supprimer totalement toute dérive du fait de la mécanique de la monture ou encore des diverses flexions.

Petit check : le chercheur est réglé, les miroirs alignés, votre mise en station irréprochable. Vous allez maintenant pouvoir utiliser les cercles de coordonnées.

Les cercles de coordonnées pour trouver l’astre convoité

Évidemment, c’est moins ″tape à l’œil″ qu’une raquette de commande ou une monture GoTo qui va pointer une multitude d’objets célestes automatiquement et à la vitesse grand V. Mais, les cercles de coordonnées ont néanmoins des avantages. Déjà, ils ne tombent jamais en panne et n’ont pas besoin d’une alimentation électrique. Ils vont également vous conduire à regarder une carte du ciel. C’est quand même cela, aussi, le loisir astronomique !

Ce serait dommage de ne pas savoir ou de ne pas pouvoir se servir d’un télescope quand les piles sont à plat ou que vous n’avez pas réussi à étalonner correctement votre raquette de commande. Et pourtant, cela arrive si souvent…

Et puis, vous aurez tout le loisir, par la suite, d’utiliser un ordinateur, une raquette de commande, le pointage automatique, un GPS intégré, une pendule pilotée à distance… et tout ce que la technologie peut apporter d’utile. Utile, certes, mais pas nécessairement indispensable pour observer les merveilles célestes.

Revenons donc aux cercles de coordonnées. Le but de ces cercles gradués, que vous avez peut-être déjà repérés sur votre monture équatoriale, est de vous aider à trouver des objets (nébuleuses, amas d’étoiles, galaxies…) que vous ne voyez pas à l’œil nu, mais dont vous avez repéré préalablement la position sur une carte du ciel. Et oui… préparer sa soirée d’observation est aussi une étape indispensable à une bonne observation le jour J.

La pratique de l’astronomie amateur peut être considérée comme une sorte de grand jeu de piste, une découverte d’objets secrets qui révèlent toute leur splendeur une fois arrivés dans le champ de l’oculaire. Il ne vous restera plus qu’à lire quelques bons bouquins pour donner plus de sens à ces images et reconstituer, par exemple, l’évolution d’une étoile en observant des objets typiques aux différents stades de sa vie. Mais encore faut-il savoir les trouver…

C’est là qu’entre en jeu les coordonnées équatoriales. En effet, notre voûte céleste dispose d’un grand quadrillage.

À l’instar de notre longitude mesurée à l’est ou à l’ouest du méridien d’origine et de notre latitude mesurée au nord ou au sud de l’équateur, nous pouvons fixer un système de coordonnées célestes pour repérer les étoiles, nébuleuses et galaxies.

Il est ainsi possible de mesurer l’ascension droite le long de l’équateur céleste. L’équateur céleste est la projection du plan de l’équateur terrestre dans l’espace. Notre ciel est donc divisé en deux hémisphères égaux : le ciel boréal et le ciel austral.

Cet équateur céleste est divisé en 24 heures. L’ascension droite s’exprimera donc en heure(s), minute(s) et seconde(s).

Enfin, il sera possible de mesurer la déclinaison le long des méridiens célestes, tous perpendiculaires à l’équateur céleste.

Ces méridiens relient les pôles célestes nord et sud en passant au-dessus d’un point que vous avez tous, exactement au-dessus de votre tête : le zénith. Cette déclinaison, notée en degré(s), minute(s) et seconde(s), sera positive au-dessus de l’équateur céleste et négative en-dessous.

Ainsi, les coordonnées exactes de l’étoile Véga de la constellation de la Lyre sont :

Ascension droite : 18h36′ 56″ (18h36′ suffiront compte tenu de la précision des cercles de coordonnées)

Déclinaison : +38° 46′ 58″ (39° suffira)

Admettons que vous soyez à la recherche de la nébuleuse planétaire de la Lyre (répertoriée M57 ou NGC) sur un atlas céleste, vous pouvez constater que cette nébuleuse ne se trouve pas très loin de l’étoile Véga. Et cela tombe bien, parce-que Véga, étant l’étoile la plus brillante de la constellation de la Lyre, est inratable ! Véga sera donc votre ″étoile repère″ pour trouver cette petite nébuleuse. Notez sur l’atlas du ciel les coordonnées de M 57 : AD : 18h52′ et D : 33°

AD D
M57 18h52′ 33°
Véga 18h36′ 39°

 

Ensuite, deux méthodes de lecture s’offrent à vous.

  • Méthode 1 : lecture directe

Avec un grossissement moyen, pointez Véga pour qu’elle se trouve au centre du champ de votre instrument.

Faites coïncider le repère en AD avec la coordonnée 18h36′. Si la mise en station était correctement effectuée, vous devez lire 39° sur le repère de déclinaison. Il suffit alors de déplacer doucement l’instrument pour afficher les coordonnées de M57.

  • Méthode 2 : lecture différentielle

Cette méthode nécessite de savoir effectuer une soustraction dans le système sexagésimal.

18h52′ – 18h36′ = 0h16′

39° – 33° = 6°

Déplacez l’instrument de 16′ vers l’est et de 6° vers le sud et c’est gagné !

Attention toutefois dans votre interprétation du résultat, à ne pas confondre un déplacement vers l’est ou l’ouest et vers le sud ou le nord.

La voûte céleste s’offre enfin à vous…

Et pour vous accompagner dans vos premiers pas, voici un petit mémo pour retrouver plus facilement quelques-uns de nos objets célestes.

Belles observations à toutes et tous !