Chaque année, à la mi-octobre, des centaines d’acteurs de la culture scientifique (chercheurs, bénévoles d’associations, artistes…) sont sur le pont pour la Fête la science en Occitanie. Chacun se démène pour construire des animations originales, faire venir du public, et accueillir au mieux les curieux. Faisant ainsi le succès de ce beau festival des sciences.

Alors que l’appel à participation pour 2019 est lancé, nous avons souhaité organiser des rencontres pour les acteurs de terrain de la Fête de la science. Pour croiser les expériences et idées, et ainsi s’inspirer des uns et des autres. Au programme : des retours d’expérience, des réflexions collectives et un petit sondage final.

Voici une compilation de toutes les bonnes idées issues de ces journées.

Carasciences, par Boris Chenaud : la caravane de la voyante pour source d’inspiration !

Boris Chenaud, chercheur au Laboratoire Charles Coulomb de l’Université de Montpellier, nous raconte : le projet Carasciences est parti de plusieurs constats. Tout d’abord, beaucoup de gens vont encore consulter des voyants, pour leur poser des questions sur leur propre vie. Par ailleurs, on assiste à une hausse de l’obscurantisme.

L’idée est donc venue de s’inspirer du concept de la caravane de la voyante dans laquelle les curieux peuvent venir poser des questions. Mais sur la science, en tête à tête avec un scientifique !

Après s’être inscrits, les participants rentrent et posent durant 15 à 20 minutes toutes les questions qu’ils souhaitent au scientifique présent. La caravane crée une rencontre très intimiste et permet au public d’être plus à l’aise.

Peu à peu, la caravane a été complétée par des jeux, des maquettes, des livres… Et chaque scientifique est libre d’amener ce qu’il veut pour agrémenter les réponses aux questions qu’on lui soumettra.

La caravane se déplace aussi dans des établissements scolaires. Pendant plusieurs jours et par vagues d’une demi-heure, des scientifiques reçoivent des élèves par très petits groupes (du CM1 à la Terminale) avec des questions préparées avec les enseignants.

C’est un projet peu onéreux de base, mais qui le devient si on veut un bel habillage extérieur. En effet, la caravane ne coûte pas très cher (environ 400€), tandis la déco en stickers a coûté 4000€.

En ce qui concerne la mise en place, Boris l’assure : c’est un dispositif itinérant très léger et pratique. Il est peu encombrant et facile à transporter puisqu’il n’a pas de moteur et ne nécessite pas de permis particulier.

Aujourd’hui, Carasciences peut être mis à disposition gratuitement pour des projets ou manifestations de culture scientifique. Chaque intervenant/organisateur est libre d’organiser la rencontre comme il le souhaite et de customiser la décoration. Alors, tenté ?

Inspirant : un espace mobile “léger” et intimiste pour renouveler la rencontre chercheur-public.

Sciences au dessert et Sciences au cinéma, par Pauline Dumont : la convivialité avant tout !

Pauline Dumont est coordinatrice de projet et médiatrice scientifique pour l’association Carrefour des sciences et des arts. Elle nous offre un retour d’expériences sur deux projets portés par Carrefour des sciences et des arts, les Sciences au dessert et les Sciences au cinéma, et les actions menées par l’association lotoise Derrière le hublot.

Les Sciences au dessert est un cycle de conférences créé il y a plus de 6 ans. Ces conférences gratuites à destination du grand public (familles, enfants) se tiennent un mardi par mois à Cahors.

L’idée était de construire des conférences autour d’une dimension forte : la convivialité. Et pour ce faire, la notion de partage est importante. Les membres du public sont directement impliqués dans la soirée en apportant leur dessert préféré. Après la conférence, les participants et l’intervenant partagent ainsi une dégustation de gâteaux en tout genre. Ce format de conférence associé à un moment de convivialité permet de briser la glace et de rencontrer le conférencier dans un tout autre contexte.

Les conférenciers viennent bénévolement avec plaisir pour partager ce moment. L’équipe organisatrice communique même sur le dessert préféré du conférencier avant la soirée afin de lancer un petit challenge aux spectateurs.

Et cette convivialité dont l’association a le secret est un vrai moteur pour recruter et impliquer des bénévoles. Pauline l’assure : rien ne se ferait sans eux !

Le deuxième projet s’intitule “Les Sciences au cinéma“. L’objectif est d’aller dans plusieurs villes de la région et d’organiser une soirée dans un cinéma. Un court métrage de 20 min sur des thématiques différentes est diffusé, suivi d’un documentaire. Pour poursuivre sur la même idée de convivialité, la séance est suivie d’un apéritif. Ce projet, porté depuis maintenant 3 ans par l’association, ne sera cependant pas reconduit. Plusieurs raisons à cela : la complexité à organiser et la communication parfois difficile à mener au sein des villes.

Enfin, Pauline nous présente rapidement “Derrière le Hublot“. Cette association mène une programmation artistique et culturelle dans le Lot et l’Aveyron dont le but est d’interroger les espaces de vie et leurs habitants. Les organisateurs ont à cœur de créer l’œuvre culturelle avec et pour les habitants et de les faire participer à la conception. Par exemple : la réalisation d’une oeuvre géante avec les habitants.

Inspirant : un repas partagé pour rapprocher public et scientifiques.

Escape games et jeux de simulation, par Audrey Chevalier : des jeux de rôles pour impliquer les jeunes

Audrey Chevalier est membre de l’association Les Ateliers Ludosophiques, basée à Montpellier, qui a pour mission la conception d’outils ludiques (ludo-) et philosophiques (-sophiques).

Elle présente tout d’abord 3 projets d’escape games (1 fini et 2 en cours de conception) : Vogovskogo, traitant de la difficulté administrative des migrants ; Odyssée du Watt, autour de l’énergie ; et LudoLab Histoire, issu d’un partenariat avec des étudiants en histoire pour créer un escape game sur la recherche de preuves historiques.
Selon Audrey, les escape games ont l’avantage d’être très attractifs pour les jeunes, et introduisent parfaitement un moment d’échange pour faire passer un message. Cependant le temps de conception est assez long (6 mois à 1 an) et le ratio temps de jeu / nombre de participants peu optimal (45 min pour 4 personnes).

Elle poursuit avec les “simulations” axées sur la politique et la philosophie. Ces jeux dans lesquels les participants (ici des lycéens) vont jouer un rôle et qui permettent de faire émerger le débat, de réfléchir et de se mettre en jeu sur des problématiques. Par exemple : rejouer le parlement européen et trouver des solutions sur l’économie circulaire, ou encore mener un faux procès. Les simulations peuvent être historiques ou fictives (ex : Tribunal du futur). Intégrer ainsi un enjeu fort et de la ludification marche bien auprès des adolescents.


 

Sur ce format, Audrey n’y voit que des avantages : il est adaptable à tous types de sujets et formats (réunion, parlement, procès…) et permet d’aborder de nombreux thèmes (sciences, société, politique…). Ils peuvent inclure un grand nombre de joueurs (ils organisent une simulation avec 250 lycéens).  Ils plongent les participants au cœur du jeu et permettent de travailler de nombreuses compétences.


 

Il est évidemment nécessaire d’accompagner les participants avant la simulation pour les aider à construire leur rôle et leur argumentaire.

En tout, il leur faut entre 3 et 4 mois pour mettre en place le projet. La simulation en elle-même dure 2 jours (et pas assez longtemps selon les participants, nous confie-t-elle). Certaines structures organisant des jeux de simulation vont jusqu’à inclure la nuit, comme par exemple à Science Po qui faisait reproduire la conférence internationale sur le climat à ses étudiants.

Il faut par ailleurs une équipe d’environ 20 personnes pour animer la simulation de 250 personnes.

Enfin, pour impliquer un peu plus les participants, il peut être intéressant d’ajouter une récompense à la clé : prix du meilleur orateur, cadeaux à la fin pour la meilleure équipe…

Inspirant : des jeux de rôle immersifs et scénarisés qui permettent aux jeunes de se questionner sur de grands enjeux science-société.

Les défis Médios, par Lucile Jouve : aller à la rencontre des publics

L’association montpelliéraine Medios a été créée en 2017 pour offrir un espace de mise en pratique aux étudiants du master de médiation scientifique ACCES. Lucile Jouve, membre de l’association, nous présente l’un de ses projets phares : les défis Médios.

Le principe : proposer une animation dans la rue (en binôme ou trinôme) et amener la science là où on ne l’attend pas (files d’attente, marchés…).

Les défis Médios sont pensés comme de courtes animations théâtralisées (souvent costumées), adaptables à tous publics, avec peu de matériel, pour des gens qui, en général, n’ont que peu de temps à accorder. Les animations sont donc très rapides (30 sec. à 1 min). Pour convaincre le public de s’arrêter : un sourire et annoncer une animation courte et gratuite. Le  costume y fait aussi beaucoup. Cela aide à l’interpellation des gens.

Des défis ont ainsi été réalisés au marché de Noël de Montpellier (demande d’autorisation faite auprès des vigiles) ou encore à l’entrée d’une salle de projection d’un cinéma Gaumont qui allait diffuser le dernier Astérix (en accord avec Gaumont). Le public est toujours surpris de découvrir de la science là où on ne l’attend pas, dans la vie quotidienne.


 

L’animation a l’avantage d’être facile à préparer, pour toucher au final beaucoup de monde.

Inspirant : des mini-animations dans des lieux très passants qui peuvent permettre de communiquer sur la Fête de la science. Et pourquoi pas réaliser des binômes chercheur/étudiant.

Portes ouvertes de labo, par Sandra Fuentes : un accompagnement fort des chercheurs

Sandra Fuentes, Responsable du service communication à l’Inra Occitanie-Toulouse, est venue nous partager son expérience de portes ouvertes de laboratoires à destination des scolaires et du grand public. Tout a débuté en 2013 dans le cadre de la Fête de la science.

Une démarche qui avait pour but de répondre, d’une part à une demande extérieure du grand public, d’enseignants, et d’autre part à l’envie des chercheurs de montrer leurs travaux de rechercher leur environnement de travail et ainsi changer et démystifier l’image du chercheur et de sa blouse blanche. Une véritable réussite aujourd’hui, puisque la mobilisation interne est forte avec 100 personnels mobilisés et 25 à 35 classes accueillies sur 2 jours.

Pour cela, le service communication de l’Inra travaille sur la construction des animations avec les équipes de recherche. L’accompagnement est en effet indispensable pour rassurer et motiver les troupes. L’enjeu des chercheurs est de montrer leur quotidien et d’adapter leur discours en fonction du niveau des élèves. Il reste néanmoins encore la difficulté de trouver des animations pour les tout-petits.

L’équipe s’appuie par ailleurs sur la coordination Fête de la science et le Rectorat car l’enjeu est bien de réussir à faire venir les classes. Un mailing est réalisé par le Rectorat, par la coordination et par l’Inra auprès des établissements, ce qui garantit un bon remplissage des sessions, très vite complètes.

Avec les années, ils arrivent à trouver des jeux et des supports qui fonctionnent très bien, dont les deux animations suivantes.

Cracker le code de l’ADN. Cette animation réunit tous les ingrédients pour être une réussite. Les chercheurs parlent de leur métier, donnent des notions scientifiques aux jeunes qui doivent reconstituer de l’ADN avec des legos. Mais surtout, afin de bien faire comprendre la démarche scientifique, les élèves ont l’obligation de rédiger un protocole suite à leur expérimentation. Une récompense pour l’équipe qui remplit sa mission le plus rapidement et le tour est joué !

Des hommes et des bêtes : éthique en expérimentation animale. Il s’agit d’un atelier de réflexion animé par la présidente d’un comité d’éthique qui propose aux jeunes de réfléchir au bien-fondé de l’utilisation de l’animal en expérimentation. Pour cela, ils sont mis dans la peau de membres d’un comité d’éthique et mènent une réflexion sur le statut de l’animal de laboratoire.


 

Selon Sandra, le succès des portes ouvertes repose sur le lien établi entre chercheurs, enseignants et élèves. Il faut que les élèves arrivent avec quelques notions et quelques questions pour rentrer plus facilement dans l’animation et c’est justement le rôle de l’enseignant que de préparer la visite avec sa classe. Après l’événement, les élèves envoient le résultat de leurs travaux. Le lien entre enseignants et chercheurs prend ainsi effet avant, pendant et après la manifestation.

La clé serait donc de mener un gros travail relationnel entre le laboratoire et les enseignants. Pour cela, des échanges par mail se font, d’abord pour permettre de choisir la bonne animation et pour percevoir l’intérêt de l’enseignant pour le sujet. L’envoi de documents aux enseignants pour préparer l’intervention se fait dans un second temps. 80% des enseignants préparent ainsi la visite avec leur classe et transmettent en amont des notions aux élèves.

Elle déplore cependant que certaines animations soient moins demandées. Par exemple, les animations qui relèvent de l’économie, où l’Inra est moins attendu et qui n’ont sans doute pas été communiquées aux enseignants en économie. Cela peut aussi venir que l’Inra n’est pas forcément connu dans cette discipline. Un travail a été fait avec le Rectorat pour mieux cibler les enseignants qui pourraient être intéressés. Il est ainsi conseillé de se rapprocher des services de l’Éducation nationale, les DSDEN, qui ont pour mission d’aider à bien travailler avec les enseignants.

En ce qui concerne les chercheurs, certains ont exprimé le souhait de voir les animations proposées par leurs collègues, car jusqu’ici ils étaient mobilisés sur toute l’opération. Sandra compte donc organiser des portes ouvertes internes cette fois, afin que chacun puisse aller jeter un oeil à ce que font les autres.

Inspirant : un gros travail relationnel pour optimiser le lien entre le chercheur, les enseignants et les élèves.

Les animations la Nuit des chercheurs, par Hélène Pierre : ou comment renouveler la rencontre avec les scientifiques

Hélène Pierre, chargée de projets de culture scientifique et technique à l’Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées, nous partage son expérience pour proposer des formats dynamiques lors de la Nuit européenne des chercheurs (NEC). Un événement qui se déroule fin septembre en simultané dans 200 villes dans toute l’Europe, dont Toulouse et Albi sur la région Occitanie. Des chercheurs, tous bénévoles, sont rassemblés dans un lieu et passent une soirée à proposer au public de nombreuses animations. En 2019, la 15e édition se tiendra le 27 septembre autour de la thématique « Entrez dans l’enquête ».

Pour préparer la NEC, un consortium français de 12 partenaires mène une réflexion autour de nouveaux formats de médiation originaux, en les testant et en se les partageant les uns aux autres. Hélène nous présente quelques-uns des formats qu’elle a pu expérimenter.

Tout d’abord le « Speed-searching » qui reste l’un des formats phares de la NEC. Dans une ambiance tamisée, le visiteur passe 10 min en tête-à-tête avec un scientifique, puis passe à la table suivante. La présence d’une équipe d’animation est évidemment nécessaire pour mener les roulements.

Crédits : ©Meteo-France

 

Illico Picto est une animation, menée en collaboration avec Science Animation, qui a été testée en 2018. Le chercheur choisit cinq mots qui représentent le mieux sa thématique de recherche. Cinq personnes choisies dans le public devront chacune dessiner un des mots pour le faire deviner à la salle. Le chercheur prend ensuite la parole et s’ensuit un temps d’échange avec le public. Le tout sur 45 minutes. La présence d’un animateur est indispensable pour mener le jeu. Ce format reste encore à améliorer selon Hélène, car le temps d’échange avec le scientifique était trop long et cassait la dynamique générée par le jeu.

Autre format : Le Bouche-à-oreille. Dans un espace isolé, le chercheur a 1min30 pour expliquer son travail de recherche à un visiteur. Puis le chercheur sort et le visiteur explique le travail de recherche du chercheur à un second visiteur… et ainsi de suite sur huit tours (20 min en tout). Le huitième visiteur donnera sa version qui sera comparée à la version initiale du chercheur. Un format très amusant, mais qui impose un nombre limité de visiteurs.

Crédits : ©C. CARRIE
Hélène nous présente également des formats non testés, prévus pour l’édition 2019. Tout d’abord : Énigmes de sciences. 8 espaces, chacun accueillant un petit groupe de scientifiques qui proposera de résoudre une énigme (en réalisant une manipulation, en cherchant une information clé…).

Des “Flash’Conf Mystères” seront également proposées, animées par des doctorants. Le doctorant doit, au travers d’une photo, d’une vidéo mystère, d’un bruit étrange…, faire deviner au public son thème de recherche, et ce en seulement cinq minutes, puis a cinq minutes pour expliquer son sujet de recherche.

À la fin de son intervention, Hélène Pierre précise que le Service Diffusion de la Culture des Sciences et Techniques accompagne toutes les initiatives de la communauté scientifique de l’Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées et répond aux sollicitations des acteurs de la médiation des savoirs du territoire.

Inspirant : Le rythme d’une animation/intervention reste l’un des points cruciaux à travailler : alterner de manière équivalente moments interactifs et moments plus calmes d’écoute.

Escape game MicrOb-ID, par Anne Keriel : immerger les publics dans les coulisses d’un labo

Depuis 10 ans, Anne Keriel, chercheure au sein du Laboratoire « Virulence bactérienne et maladies infectieuses » (Inserm/Université de Montpellier), intervient dans de nombreuses manifestations scientifiques à Montpellier et à Nîmes.

En 2018 à Nîmes, Anne Keriel a souhaité repenser ses ateliers, et l’envie est venue de créer une animation très ludique avec de la pédagogie et de l’humour et lors de laquelle le public pourrait participer. Un atelier entre l’escape game, le jeu de rôle, et le jeu de simulation.


 

10 joueurs avec différents rôles (médecins, infirmiers, experts, conseillers scientifiques…) doivent mener l’enquête pour identifier la bactérie responsable des symptômes d’un patient et lui donner le traitement approprié. Et ce, dans un temps donné de 60 min. Au-delà du temps écoulé, le patient meurt.

Dans ce jeu d’enquête, il est précisé aux joueurs qu’ils travaillent dans un laboratoire sensible en termes de sécurité et qu’ils vont manipuler de l’ADN et de véritables bactéries, mais ces dernières étant totalement inoffensives.

Pendant le déroulement du jeu, les joueurs manipulent “pour de vrai”. Ils s’appuient pour cela sur des séquences vidéos et des fiches de différentes maladies et pathogènes incriminés.

En fin de partie, le médecin doit récupérer les fiches d’analyse et donner le bon traitement. La récompense pour avoir résolu l’enquête est une tablette de bonbons sous forme de tablette de comprimés (en expliquant bien que les médicaments ne sont pas des bonbons !).

Pour favoriser l’immersion, les joueurs disposent d’un costume, et passent par un sas d’habillage dans lequel ils récupèrent badges et matériel.

Enthousiaste, Anne nous raconte sa joie de voir autant de sourires et de réussir à faire passer des messages scientifiques et des messages de santé publique. Le rôle de l’animateur est cependant primordial en termes de remotivation. C’est un véritable travail de comédien, qui improvise constamment pour relancer des défis aux joueurs. Et les joueurs se prennent au jeu en en rajoutant des tonnes, s’amuse Anne. “Attention, les souris se sont échappées !“, “Vite, vous avez déclenché une alarme !“, “Oh non, je crois que le patient ne va pas bien du tout” (tandis que le participant jouant le patient s’écroule par terre et hurle de douleur)… Les animateurs font par ailleurs toujours en sorte que les joueurs gagnent en les aiguillant vers la bonne solution.


 

Le public est évidemment restreint (10 personnes maximum sur une session). Mais un lien est fait entre le jeu et d’autres activités proposées dans le laboratoire afin que le public en discute. Et si le temps de conception de cette animation est très long et nécessite de préparer pas mal de décors (elle a réalisé de fausses machines en carton), le jeu en vaut la chandelle. La réussite tient à la fois à l’enjeu (la vie du patient), le temps limité très stimulant, la réalisation d’expériences et le travail en équipe, et le côté très ludique (immersion, énigmes, humour) qui donne envie d’apprendre en s’amusant. La gratification de l’apprenant lui permet de se rappeler grâce à la construction d’une image positive des éléments auxquels il a été confronté.

Inspirant : un animateur qui fait le show avec le public.

Les animations de l’Eurêkafé, par Tania Louis : science is fun !

L’Eurêkafé, c’est un café dédié aux sciences apparu il y a tout juste 1 an à Toulouse. Son but : rendre les sciences conviviales et essayer de se détacher du format de conférence classique.

Tania nous raconte leurs premiers essais : un format conférence avec un public en rang d’oignon face à un scientifique. Peu convivial, peu interactif. Cela ne leur ressemblait pas.

Ils ont donc repensé l’organisation de l’espace et les formats. Avec un public moins nombreux et plus proche de l’orateur.


 

L’un des formats testés qui fonctionnent du tonnerre : les Impro’Sciences. Ces soirées débutent par l’intervention de 2 conférenciers qui proposent des conf express (10 min). À la fin, le public met ses questions dans un chapeau et une troupe d’impro va improviser des réponses. Après l’improvisation, les scientifiques vont apporter les vraies réponses aux questions, face à un public encore plus attentif suite au sketch. Ce format plaît beaucoup aux chercheurs qui se sentent à l’aise dans ce format court, et avec un temps plus long pour réfléchir aux réponses.

Autre idée testée : s’inspirer de la culture populaire pour parler de science. C’est le cas par exemple des “Contes désenchantés“, imaginés par l’association Honua et la blogueuse Agatha Liévin. Deux docteurs en éthologie s’inspirent des Disney (Le Roi Lion, Némo…) pour parler de sciences. Un vrai succès ! Par contre, il est bien précisé que ces soirées ne sont pas destinées aux enfants, qui seront bien choqués face à la réalité de notre monde… 😉 Le petit truc en plus de la soirée : une collaboration est réalisée avec un traiteur pour avoir des petits fours thématiques.

Autre test : une conférence de super vilains sur “comment asservir la population avec des pathogènes ?”. En jouant sur le côté “super vilains” qui viennent expliquer comment devenir les maîtres du monde, ils réussissent à faire passer de nombreux messages scientifiques.

L’originalité de ces angles permet d’accrocher un public de jeunes adultes.

L’Eurêkafé organise aussi des “Soirées confiture” (“viens étaler ta culture“). Des soirées ouvertes aux personnes qui souhaitent venir parler d’un sujet qui les passionne. Format à haut potentiel, mais aussi à haut risque !

Le lieu tente par ailleurs de parsemer ses conférences de petites manips. Avec peu de matériel et des formats simples, cela favorise l’interaction avec le public et la curiosité. Régulièrement aussi, des soirées “quiz” pour les passionnés de sciences sont proposées. Au menu : énigmes à résoudre et expériences à réaliser.

Tania nous cite également les soirées communautaires telle que The last Jeudi : tous les derniers jeudis du mois, une réunion informelle est organisée par des passionnés d’astro.

Enfin, nous échangeons avec Tania sur l’accueil de vidéastes scientifiques qui viennent très souvent à l’Eurêkafé pour donner des conférences et rencontrer leurs publics. Pour cela, le “Café des sciences“, réseau qui regroupe de nombreux vulgarisateurs sur le web de qualité, peut être une bonne porte d’entrée pour trouver un intervenant.

Inspirant : s’appuyer sur la culture populaire et des formats très interactifs pour faire venir un public de jeunes adultes.

Réinventer la rencontre avec le scientifique, imaginer une visite originale… Retour sur les réflexions collectives

La deuxième partie des rencontres était dédiée aux réflexions collectives. Par groupes thématiques, les participants avaient pour mission de dégager des recommandations globales et des idées d’actions concrètes.

Comment réinventer la rencontre entre scientifique et adolescents ?

Le mission confiée aux participants : lister conseils et idées folles pour organiser une rencontre chercheur(ou médiateur)-ados PARFAITE ! Une rencontre où le public sourit, participe, s’intéresse… et aimerait que cela s’éternise !

Quelques recommandations :

  • Se rendre dans leurs lieux plutôt que les faire venir à vous
  • Privilégier un intervenant jeune
  • Faire très attention à ne pas transmettre des stéréotypes de genre
  • Parler de sujets proches d’eux : orientation professionnelle, pop culture, web… Réutiliser les codes des ados
  • Faire en sorte qu’ils soient acteurs, qu’ils manipulent, qu’ils jouent un rôle important…
  • S’appuyer sur un objet à montrer
  • Les mettre en confiance, notamment en ne se mettant pas dans une position de savant et en privilégiant un format avec un petit effectif
  • Éviter de les infantiliser ou de “leur mettre la honte”
  • Développer une véritable “marque” autour du format, avec un nom accrocheur, des goodies… Et éviter le mot “science”
  • Leur demander leur avis en construisant la rencontre avec eux

Des idées de projets :

  • Les ados sont mis dans la peau des médiateurs/animateurs/chercheurs
  • Organiser un grand quiz
  • Proposer des conférences au Toulouse Game Show (et autres rendez-vous “geeks”).
  • Créer un Tinder des chercheurs
  • Une chasse au trésor pour trouver les chercheurs cachés
  • Créer une application de réalité augmentée qui fait apparaître des scientifiques célèbres dans un lieu de la Fête de la science
  • Organiser une murder party avec des scientifiques et des ados

Comment rendre une visite d’un lieu de la Fête de la science inoubliable pour le public ?

La mission confiée aux participants : lister conseils et idées folles pour organiser une visite originale d’un lieu (un Village des sciences ou un laboratoire par exemple) : fil conducteur, défis, scénario… et donner envie au public de revenir l’année suivante !

Quelques recommandations :

  • Raconter une histoire
  • Créer une émotion forte : surprise (comédiens cachés dans la visite), tristesse (témoignages émouvants)…
  • Jouer sur l’insolite : visites décalées, angle original, mise en scène…
  • Remettre un carnet de visite pour compléter le propos, faire jouer…
  • Mais privilégier une visite avec un médiateur
  • Inclure des étapes “participatives” où le public va créer, manipuler ou laisser une contribution.
  • Inclure des zones “privées” qui donnent le sentiment de privilège.
  • Être vigilant sur le bruit et la durée de la visite.
  • Proposer de repartir avec un objet souvenir

Des idées de projets :

  • Proposer de rencontrer des personnalités durant la visite, vraies ou fausses (jouées par un comédien)
  • Donner aux participants des pancartes vrai/faux et les faire réagir durant toute la visite

Comment créer un format original sous forme de grand jeu faisant participer une classe entière ?

La mission confiée aux participants : lister conseils et idées folles pour organiser une gigantesque session de jeu (jeu de rôle, jeu de piste, jeu de société, escape game, jeu « d’ambiance », jeu de construction, concours…) avec une classe !  Un jeu où l’on découvre des choses nouvelles, où l’on explore, où l’on fait appel à l’intelligence collective ou au contraire à la compétition…

Quelques recommandations :

  • Utiliser le jeu pour introduire une séquence pédagogique ou la conclure.
  • Éviter les jeux répétitifs et les jeux avec beaucoup de calculs
  • Avoir “une carotte au bout” : mettre un enjeu motivant
  • Privilégier les jeux de rôle et jeux d’immersion, souvent très stimulants. Attribuer un rôle à chacun
  • S’appuyer sur des jeux classiques qui ont fait leur preuve et les détourner
  • Privilégier un jeu collectif aux jeux individuels et l’interactivité entre les participants
  • Privilégier la coopération plutôt que la compétition au sein de la classe, mais la mettre en compétition avec les autres classes.
  • S’assurer que tout le monde a compris les règles.
  • Inclure un débrief pour revenir sur le jeu et les notions abordées.

Des idées de projets :

  • Organiser une session de jeux de société sur un thème donné : plusieurs tables avec chacune un jeu et les élèves tournent de table en table.
  • Organiser des mini-défis de groupes sur 5 minutes (Olympiades).
  • Imaginer un jeu immersif sur le thème “et si les scientifiques n’avaient pas inventé telle ou telle chose…”
  • Créer un jeu de piste qui utilise le téléphone et ses fonctionnalités (calculatrice, lumière, GPS…)

Quels sujets et formats vont faire venir ou faire fuir un public « jeunes adultes » ?

La mission confiée aux participants : lister conseils et idées folles pour faire venir un public de jeunes adultes (étudiants et public 20 – 35 ans) à coup sûr dans un lieu de la Fête de la science. Quelles sont les attentes de ce public aujourd’hui ?

Quelques recommandations :

  • Croiser les mondes (par exemple art-science)
  • Favoriser le festif et la convivialité (nourriture, boissons, déguisements, espace cosy…)
  • Le plein air fonctionne bien
  • Faire venir des têtes d’affiche non scientifiques
  • Thèmes qui fonctionnent bien : tout ce qui touche à la compétition (sport, jeux vidéo/e-sport…), la pop culture, les technologies
  • Eviter de les mettre dans certaines postures : passivité totale, solitude, posture intimidante…

Des idées de projets :

  • Organiser une grande course d’orientation mêlant science, sport et compétition
  • S’inspirer du dispositif Hors-lits : aller faire de la médiation scientifique dans les appartements des gens.

Comment bien communiquer sur son opération pour faire venir des jeunes parents avec leurs enfants ?

La mission confiée aux participants : lister conseils et idées folles en termes de communication pour faire connaitre votre évènement à un public de jeunes parents avec enfants ? Comment faire en sorte qu’ils voient passer l’info et que celle-ci les interpelle positivement (et même avec un sujet peu attractif !) ?

Quelques recommandations :

  • Travailler sur le slogan/la phrase d’accroche et un visuel qui attire l’oeil
  • S’appuyer sur des têtes d’affiche
  • Réserver les espaces d’affichage
  • Communiquer dans les lieux stratégiques : marchés, rassemblements sportifs, maisons de quartier, ludothèques, hypermarchés, cinémas, bibliothèques… Profiter des files d’attente et tous les lieux d’attente
  • Mettre le paquet sur les relations presse
  • Toucher les parents à travers l’école et les centres de loisirs. Contacter : les fédérations de parents d’élèves
  • Fidéliser les familles déjà venues l’an passé
  • Créer de la frustration pour donner envie de revenir

Des idées de projets :

  • Qu’un maximum de structures mutualisent les listings contacts d’enseignants déjà venus avec leur classe pour communiquer globalement sur la Fête de la science
  • Organiser des visites en avant-première avec des “influenceurs”
  • Faire circuler une voiture mégaphone dans la ville pour annoncer la Fête de la science
  • Distribuer des flyers dans chaque carnet de correspondance
  • Lancer un challenge sur les réseaux sociaux en lien avec la Fête de la science
  • Lancer un concours parent/enfant
  • Mettre en place un binôme médiateur/chercheur qui irait faire un happening dans les rues.

Et pour finir, un petit sondage avec Plickers

Plickers, c’est un outil de quiz/sondage très pratique qui permet de faire réagir des participants à une question et afficher en temps réel leurs réponses. Nous avons pris le prétexte d’un petit sondage de fin de rencontre pour faire une démo de cet outil, bien utile pour donner un peu de peps à une conférence.

En espérant que tout ceci vous inspire autant que nous… Et n’oubliez pas, l’appel à projet pour la Fête de la science 2019 est en cours et se clôturera le 5 avril prochain.

Nous tenions enfin à remercier nos les intervenants, plus passionnants les uns que les autres, tous les participants, ainsi que l’équipe de la Région pour l’accueil de ces rencontres ! À la prochaine ! 😉