L’hiver offrirait-il le plus beau des cieux ? Beaucoup d’astronomes préfèrent le ciel hivernal de par sa pureté et sa beauté étincelante. Pour admirer ce spectacle, enfilez votre gros manteau et suivez notre médiateur en astronomie !

Dès qu’on lève les yeux au ciel en janvier et février, on a le plaisir d’admirer plusieurs étoiles brillantes, dont certaines, forment ensemble des dessins bien marqués.

Pour les astronomes qui observent attentivement dans un télescope ou une lunette, ou encore, pour celles et ceux qui font des photos des planètes et nébuleuses, l’hiver est considéré comme le meilleur ciel, de par sa faible turbulence.

Voyons donc, ensemble, quelles surprises celui-ci nous réserve…

Vue Stellarium le 15 janvier vers 22h (heure française)

Les constellations, ces trésors remplis de mythes et légendes

Tout commence par la très impressionnante constellation d’Orion. Vers le sud, le terrible chasseur mythologique est bien dessiné dans le ciel, formant un grand rectangle avec au milieu sa ceinture repérable par ses trois étoiles parfaitement alignées (en apparence, bien sûr). Et, dans un ciel bien sombre, on peut deviner Orion en entier : sa tête formée par un groupe de trois étoiles au-dessus du rectangle et son arc devant lui formé par quelques étoiles en arc de cercle (représenté par le lion sur l’illustration).

Il y aurait mille choses à dire à propos d’Orion, mais on retient deux points d’intérêts astronomiques.

Vue Stellarium

Vue du bas d’Orion (M42) : la ceinture en haut (trois étoiles alignées), les deux pieds en bas (Rigel à droite et Saïph à gauche), et au milieu la nébuleuse apparaissant comme une zone un peu laiteuse et brillante, selon les grossissements utilisés

Vous remarquerez sans doute l’éclat vif et orangé de l’étoile en haut à gauche, celle qui constitue son épaule droite. Cette étoile s’appelle Bételgeuse.

C’est l’une des étoiles les plus étudiées par les astrophysiciens. Et, si elle brille autant de cette couleur orangée, c’est parce-que c’est une supergéante rouge qui est en fin de vie, prête à exploser !

Cela n’arrivera pas demain matin ou dans les prochains mois, les scientifiques tablent sur plusieurs dizaines de milliers d’années. Mais, si cela arrivait aujourd’hui, nous verrions une nouvelle étoile en plein jour.

Il faut préciser que toutes les étoiles n’explosent pas. C’est uniquement le cas des étoiles massives, dont la masse est supérieure à environ cinq fois celle du Soleil. Le Soleil, quant à lui, n’explosera pas à la fin de sa vie dans 4.5 milliards d’années, car c’est une petite étoile.

Photo de la nébuleuse d’Orion (M42) (en bas), de la nébuleuse de la tête de cheval (Barnard 33 ou IC 434) et de la flamme (en haut). © Emilien Bernard

Plus subtil, mais remarquable si on y prête attention, vous pourrez voir une nébuleuse sous la ceinture d’Orion, au bout de son épée.

Il s’agit d’une pouponnière d’étoiles, un immense nuage de gaz et de poussière dans lequel se forment les étoiles. À l’œil nu et dans un ciel sombre (sans pollution lumineuse), on distingue une tache, surtout si on regarde en vision décalée.

Aux jumelles, cette tache se révèle un peu plus. Dans un petit instrument, on peut déjà commencer à y voir certains détails, tels que des étoiles déjà formées dans cette nébuleuse. Mais, il va falloir prendre des photos en pose longue pour révéler tous les mystères invisibles à l’œil nu…

Vue Stellarium

Continuons notre découverte du ciel hivernal avec Sirius et Aldébaran.

À partir d’Orion, traçons un chemin d’étoiles : si vous reliez les trois étoiles du Baudrier d’Orion et que vous prolongez, en ligne droite, vers le bas et vers le haut, vous tomberez sur deux étoiles brillantes.

  • Vers le bas à gauche : Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel, tout hémisphère confondu. Elle fait partie de la constellation du Grand Chien et représente le médaillon qu’il porte autour du cou. Sirius est 1.7 fois plus grande que le Soleil, c’est donc une géante blanche. De plus, elle est proche de nous (8 années-lumière). Ces deux facteurs la rendent très brillante. Elle a été marquante pour de nombreux peuples et tient une place importante dans de nombreuses mythologies.
  • Vers le haut à droite : Aldébaran, l’étoile principale du Taureau, qui brille d’une couleur orangée. Cette couleur est liée à son caractère de géante qui est plus froide que le Soleil mais plus grande que lui. C’est un exemple de ce que deviendra le Soleil à la fin de sa vie. Elle fait partie d’une forme en triangle qui représente la tête de Taureau. Les étoiles de ce triangle forment un même amas d’étoiles jeunes, les Hyades, situé à 150 années-lumière. C’est l’amas le plus proche de la Terre.

Notez qu’Aldébaran ne fait pas partie de cet amas. Elle se situe entre la Terre et celui-ci, à 66 années-lumière. Dans la même région, vous trouverez un autre amas d’étoiles jeunes, les Pléädes, situé trois fois plus loin que les Hyades.

Vue Stellarium (15 janvier vers 22h heure française) : quelques chemins d’étoiles à partir d’Orion pour repérer les plus brillantes

Poursuivons notre voyage céleste…

Toujours à partir d’Orion, plusieurs chemins d’étoiles peuvent être imaginés :

  • Castor et Pollux : si vous prolongez la ligne reliant les deux étoiles les plus brillantes d’Orion, Rigel (le pied gauche) et Bételgeuse (l’épaule droite), vous tomberez sur les deux jumeaux de la mythologie Grecque : Castor (la moins brillante des deux) et Pollux. Ce sont les deux étoiles de la constellation des Gémeaux.

Sur ce chemin, vous passerez à côté de l’immanquable Jupiter !

  • Procyon : si vous regardez à gauche d’Orion au niveau de ses épaules, vous tomberez sur Procyon, l’étoile du Petit Chien. Cette constellation est toute petite puisque constituée principalement de deux étoiles. C’est littéralement un trait. En grec, Procyon signifie « avant le chien » puisqu’elle se lève avant Sirius, du Grand Chien.

Vue Stellarium (15 janvier vers 22h heure française) : en reliant les étoiles principales nous pouvons dessiner un grand hexagone

  • Capella : en partant de l’épaule gauche d’Orion (l’étoile Bellatrix) en direction du zénith, vous tomberez sur l’une des étoiles les plus brillantes du ciel : Capella. Son nom vient de très loin dans le temps. Déjà du temps des Babyloniens, elle était appelée « l’Arme courbe » (en référence au Dieu Marduk), puis a été nommée « Chèvre » par les Grecs anciens. Ce serait la chèvre à laquelle Amalthée a confié Zeus pour être sa nourrice.

Lorsque vous regardez Capella, vous regardez en réalité un système de quatre étoiles : deux géantes et deux naines rouges. La luminosité apparente vient des deux géantes.

Et enfin, si vous reliez toutes ces étoiles, Rigel, Sirius, Procyon, Castor et Pollux, Capella, Aldébaran, avant de revenir à Rigel, vous allez pouvoir former un grand hexagone.

Cache-cache avec la Voie lactée

Pourquoi ne voit-on pas bien la Voie lactée en hiver ? Tout d’abord, la Voie lactée est bien présente l’hiver et traverse le ciel du nord au sud, en passant au-dessus de nous. Elle traverse la fameuse constellation de Cassiopée, reconnaissable par ses cinq étoiles formant un W au-dessus de nous. Elle est encore perceptible à l’œil nu, à condition de ne pas avoir de source lumineuse autour de soi.

© Montage utilisant un schéma NASA - Observatoire de Paris - PSL

Schéma de notre galaxie, la Voie lactée, avec la position du Système solaire (Soleil)

Mais alors, pourquoi est-elle brillante en été et pas en hiver ?

Il faut se représenter notre Voie lactée comme un grand disque plus épais au centre que sur les bords (cf schéma).

La traînée blanche que l’on voit dans le ciel et que l’on nomme la « Voie lactée » est notre Galaxie vue par la tranche depuis l’intérieur.

Et, dans notre course annuelle de révolution autour du Soleil, nous sommes parfois tournés vers le centre de la Galaxie (juin-juillet-août), ou parfois tournés vers le bord de la Galaxie (décembre-janvier-février). Vers le centre, on voit surtout un bras spiral d’une grande densité d’étoiles. Tandis que vers le bord de la Galaxie, il y a moins d’étoiles, la Voie lactée est donc moins brillante.

Envie d’en savoir plus ? Pour vous représenter notre place dans la Galaxie et dans l’Univers, consultez cette infographie.

Les rendez-vous lunaires

La Lune, dans sa course rapide autour de la Terre, traverse le ciel en passant parfois devant des objets remarquables. Cela va être le cas deux fois en janvier.

  • D’abord, devant les Pléiades le soir du 27 janvier. La Lune sera très brillante, en phase gibbeuse. Vous ne distinguerez donc pas trop l’amas d’étoiles. Cela risque aussi d’être compliqué à capturer en photo car le contraste de lumière sera fort. Mais, qui sait, cela vaut quand même le coup d’essayer !

À noter que vous pourrez revoir un tel rapprochement le 19 avril prochain, cette fois dans une ambiance printanière.

  • Puis, c’est une belle conjonction entre Jupiter et la Lune que nous pourrons regarder le soir du 30 janvier et dans la nuit suivante. Aux jumelles, cela peut être un très joli spectacle à admirer.

Nous vous invitons à observer un jour avant et un jour après, afin de vous rendre compte du déplacement rapide de la Lune par rapport aux astres lointains que sont les planètes, et encore plus lointains, que sont les étoiles.

Les planètes à ne pas rater

  • Jupiter

L’objet que vous verrez dans le ciel briller de mille feux est la planète Jupiter. Nous sommes dans la bonne période pour l’observer dans un instrument astronomique. En effet, la planète est passée à l’opposition le 10 janvier. C’est le moment où le Soleil, la Terre et Jupiter sont alignés et où la distance entre la Terre et Jupiter est minimale. Même si elle reste quand même située à 600 millions de km, soit quatre fois la distance Terre – Soleil.

Jupiter est déjà visible aux jumelles dans lesquelles vous pourrez apercevoir la planète et ses quatre satellites principaux. Dans un petit instrument astronomique, tel qu’une lunette ou un télescope, vous pourrez commencer à admirer plus de détails comme les bandes nuageuses à sa surface. Et, dans un plus grand télescope et en présence d’un bon ciel, vous pourrez, peut-être, même voir sa grande tache rouge.

  • Mercure

Mercure (ou Hermès chez les Grecs anciens) était le messager des dieux. Cette planète a ainsi été nommée  en l’honneur de ce dieu et fait référence à sa fugacité. En effet, cette petite planète est proche du Soleil et en fait le tour en trois mois (alors qu’il nous faut quatre fois plus de temps). De notre point de vue, sur Terre, on ne la verra jamais très loin du Soleil et sur un court laps de temps. Et, même si elle peut avoir une magnitude importante (autour de – 0.5 en période d’observation), elle sera difficile à voir car un peu noyée dans la lumière du Soleil (au crépuscule ou à l’aube). Mais, ce n’est pas impossible !

Autour du 19 février, essayez de trouver Mercure dans le ciel du soir après le coucher de soleil. Le Soleil se couchant vers 18h30, il faut attendre environ 30 minutes pour avoir moins de lumière et observer vers l’horizon ouest. Ce soir-là, vous pourrez observer, en même temps, un fin croissant lunaire, Saturne juste au-dessus et Mercure entre la Lune et l’horizon. À condition que ce dernier soit bien dégagé, c’est-à-dire éviter les montagnes, les immeubles, ou encore, les forêts.

Vue Stellarium le soir du 19 février vers 19h15 à l’horizon ouest (heure française).

  • Vénus

Au mois de mars, c’est le retour de la fameuse « étoile du Berger ». Également surnommée « l’étoile du soir », elle commencera à être bien visible à partir du 15 mars, 20 à 30 minutes après le coucher de soleil.

Comme pour Mercure, c’est une planète intérieure (située entre le Soleil et la Terre), donc jamais loin de l’horizon. La différence avec Mercure est que Vénus est 2.5 fois plus grosse et possède une atmosphère très réfléchissante. Elle va donc énormément briller dans le ciel terrestre. Et, si vous patientez jusqu’au printemps, elle sera immanquable au crépuscule et restera visible dans le ciel du soir jusqu’au mois de septembre.

Vous voilà paré jusqu’à l’arrivée de l’équinoxe de printemps qui sera, cette année, le 20 mars.

Mais, savez-vous ce que signifie l’équinoxe ?

Réponse dès ce printemps avec nos conseils d’observation, et, d’ici là, nous vous souhaitons de beaux cieux hivernaux !