Devant le succès de la Boutique fiction version Propulseur et Triporteur, nous avons souhaité la décliner en exposition itinérante afin de pouvoir rencontrer un public plus large. Mais, comment faire pour décliner un concept, le plus efficacement possible, dans des endroits variés ? Nous allons évoquer, ici, plus précisément, les enjeux auxquels nous devons faire face et nos pistes de réflexion.

Depuis mai 2025, la Boutique fiction* a donné une seconde vie au Propulseur et sillonne, actuellement, la région Occitanie afin de proposer, à tous les publics, son concept original.

Pour aller, hors région et là où le Propulseur ne peut pas aller, et dans l’idée de rencontrer un public beaucoup plus large, nous avons souhaité la décliner en exposition itinérante. Ainsi, en plus de vouloir la présenter aux salles d’exposition classiques, aux médiathèques et bibliothèques, nous aimerions également la proposer aux galeries marchandes des hypermarchés. Ces dernières étant des lieux où Instant Science n’a pas l’habitude d’aller.

Ce projet est indépendant du Propulseur et sera complétement autonome.

(*) La Boutique fiction dans sa version Propulseur est un projet réalisé grâce au soutien de la Région Occitanie et des Fonds Européen de Développement Régional (FEDER), et mené en co-production avec la Communauté d’universités et établissements de Toulouse, Carrefour des Sciences et des Arts et Kimiyo. La tournée du Propulseur, en région, a débuté en mai 2025 et s’achèvera en mars 2027.

Parce qu’une galerie marchande nous semble être l’endroit parfait pour présenter un projet qui parle de consommation, d’impact individuel et des futurs collectifs qui en découlent. En effet, Instant Science a toujours eu à cœur de faire sortir la science des musées et des lieux culturels qui lui sont habituellement dédiés. Et, en réalité, avant sa fusion avec À Ciel Ouvert, Instant Science (anciennement Science Animation) avait déjà exposé dans les galeries marchandes. Mais, c’était il y a longtemps. Trop longtemps. Nous revoilà pour tenter à nouveau l’expérience.

Oui mais, salle d’exposition, médiathèque, galerie marchande…, voilà trois lieux très différents, avec des publics et des fonctions différentes. On lit moins dans une galerie marchande que dans un musée. C’est normal.

Alors, comment faire pour décliner un concept, le plus efficacement possible, dans des endroits aussi variés ? Nous allons évoquer, ici, plus précisément, les enjeux auxquels nous devons faire face et nos pistes de réflexion.

Grand écart (les pieds attachés) pour la Boutique fiction

Commencer par la forme

Dans le Propulseur, nous étions contraints par l’espace disponible et la technique : surface de 60 m², repliable, parois vitrées, peu de prises de courant… En revanche, dans une configuration d’exposition plus classique, on retrouve de la liberté et de l’espace. Nous pourrions nous en réjouir mais, paradoxalement, pas forcément. La contrainte est toujours un bon ferment de créativité. “La perfection est atteinte, non pas, lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer.” écrivait Antoine de Saint-Exupéry.

Or, chose inhabituelle, il s’agit ici d’ajouter, de dilater l’espace, sans pour autant diluer l’intensité de la scénographie. Donc, nous devons créer quelque chose de plus grand tout en reprenant les grands principes esthétiques développés dans le Propulseur et qui font la “marque” Boutique fiction.

Analyser les contraintes

Dans les médiathèques, nous savons d’expérience que nous avons des espaces souvent restreints, qui ne sont pas toujours pleinement dédiés aux expositions. Des lieux qui ont parfois plus l’habitude d’accueillir des expositions panneaux avec peu, voire aucune place pour la présence d’objets ou de dispositifs interactifs. Seulement, la Boutique fiction étant par essence interactive, nous devrons proposer autre chose que des panneaux destinés à la lecture.

Et, pour les galeries marchandes, nous avons encore un cas différent. Ce sont des endroits qui ne sont pas consacrés à la lecture, ni même à un temps de pause très long. On ne s’arrête pas dans une galerie marchande, on la traverse.
Alors, comment happer le chaland avec son caddie rempli qui, après avoir fait ses courses, se dirige, plus facilement, vers une bijouterie en attendant de récupérer sa veste au pressing ?

De plus, les partenaires qui pourraient être intéressés ont évoqué la possibilité de pouvoir “éclater” l’exposition à plusieurs endroits dans leur galerie marchande.

En résumé

Si nous devons résumer, et, il semble important de le faire après quelques paragraphes de contraintes, nous devons donc imaginer une exposition grande, petite, entière, éclatée, interactive, avec des panneaux et aussi des objets, itinérante et facilement montable… et démontable tout aussi facilement.

Nous aimons notre métier. Nous le ferons.

Poupées russes et vitrines réfrigérées 

Boutique fiction exposition itinérante

Crayon, papier, sueur… nous avons réuni tous nos outils créatifs afin de résoudre cette quadrature du cercle. Beaucoup de croquis et de questions. Et, au final, une solution qui nous semble intéressante. Faire, non pas une exposition, ni deux expositions différentes, ni même trois… mais autant d’expositions qu’on le souhaite !

L’idée est donc de réaliser une exposition de base, classique, destinée aux musées, d’environ une cinquantaine de mètres carrés reprenant les vitrines, les objets, les écrans d’accueil et les panneaux présents dans la version Boutique fiction du Propulseur.

Donc, rien de nouveau direz-vous ? Eh bien si !

Les panneaux qui étaient affichés sur des parois en dur seront désormais sur des tissus recouvrant des structures tubulaires et dépliables. Ces “panneaux chaussettes”, comme on aime les appeler, ont déjà fait leurs preuves dans notre exposition Hydrogèn’Oc. Ils se montent rapidement et permettent d’obtenir, facilement, de grandes surfaces d’affichage.

De plus, pour occuper plus d’espace et améliorer l’expérience de visite, un nouveau type de mobilier pourrait être développé. En complément des vitrines verticales, nous pourrions proposer des vitrines horizontales ressemblant aux banques réfrigérées des rayons surgelés des hypermarchés. À l’intérieur, on retrouverait des objets déjà présents dans la Boutique fiction et, pourquoi pas, également de nouveaux objets.

Boutique fiction Exposition

Ce mobilier propose deux avantages par rapport aux vitrines classiques présentes dans la version initiale :

  • Le public peut tourner autour, ce qui permet d’éviter les “embouteillages” et autres problèmes de flux.
  • Les enfants et les personnes à mobilité réduite auraient plus facilement accès visuellement aux objets.

Un seul format de scénographie déclinable du XL au XS

Ces deux solutions, des panneaux légers et faciles à monter et du mobilier qui permet de tourner autour et qui fait directement référence aux supermarchés, vont nous permettre de mieux nous adapter à une exposition itinérante et également nous aider à répondre aux autres problématiques.

Ainsi, on pourrait très bien imaginer que pour la version de la Boutique fiction destinée aux grandes surfaces, on prenne des “panneaux chaussettes” pour accompagner les objets d’un contenu, ainsi que les vitrines horizontales types banques réfrigérées. Ces dernières seraient mieux adaptées que les vitrines verticales, ne correspondant pas strictement à un seul rayon. On pourrait y mettre des objets abordant des thématiques choisies par les hypermarchés. Et, elles pourraient être autonomes et “éparpillées” dans la galerie marchande.

Les panneaux, eux aussi prévus pour être autonomes, pourraient également servir dans les bibliothèques et les médiathèques. D’autant plus qu’ils ont un système au montage simple et sont plus qualitatifs que des roll-up ou de simples bâches suspendues sur des grilles qui ne sont pas toujours très esthétiques.
Ils pourraient être présentés seuls ou accompagnés, là encore, comme pour les galeries marchandes, soit d’une vitrine horizontale, soit, en fonction de la taille disponible, d’un ou deux objets sous cloche.

Ainsi, en créant un seul format de scénographie, on peut obtenir une déclinaison de formats plus petits, adaptés au lieu d’accueil et personnalisés selon les orientations pédagogiques souhaitées. Du XL au XS.

Boutique fiction exposition
Boutique fiction exposition
Boutique fiction exposition

Contenu polymorphe mais sujet toujours uniforme

Prenons, au hasard, l’exemple d’une publicité pour un des objets de notre Boutique fiction, diffusée à la télévision, au beau milieu de la finale de la Star Academy. Ou encore, affichée sur un panneau déroulant au bord d’un axe routier. Qu’est-ce qui ne change pas ? Le sujet et le fond du message. Qu’est-ce qui change ? Tout le reste : le format, le support, le public visé, les objectifs, etc.

Vous voyez où nous voulons en venir ? Probablement, mais nous allons quand même vous le détailler parce qu’on est là pour ça. Le sujet de la Boutique fiction est toujours le même mais il doit s’adapter à toutes les déclinaisons. Si la publicité peut le faire, pourquoi pas la médiation !

Avoir les idées claires

La première étape a été de revenir un peu en arrière et de passer au microscope l’existant. Quel message souhaite-t-on véhiculer et pourquoi à cet endroit ou de cette manière ? Quelles étaient nos intentions ? Dans un projet aussi long, les objectifs de départ peuvent finir par se perdre. Mais, pas de ça chez nous ! En effet, tout un tas de documents préparatoires ont été produits au démarrage permettant, aujourd’hui, de reprendre les objectifs pédagogiques et les messages clés de la Boutique fiction dans sa version Propulseur.

Maintenant que l’existant est de nouveau bien clair dans nos têtes, il est temps de définir ce que l’on veut pour nos nouveaux espaces.

Définir les spécificités

Hop, on dégaine de nouveau un tableau et on associe, à chaque lieu envisagé, les objectifs avec leur traduction dans l’espace. Puis on regarde, pour chacun d’eux, les combinaisons les plus adaptées et si de nouvelles traductions doivent être imaginées en fonction de leurs spécificités.

Une des premières différences est l’absence de médiateurs. Dans la version Propulseur, leur rôle est, notamment, de transmettre une partie des messages lors des échanges avec le public. Alors, pour accompagner celui-ci d’une autre manière dans la compréhension du lien entre choix individuel et futurs possibles, nous avons imaginé un dispositif autonome permettant de faire le cheminement de réflexion seul ou pouvant être le déclencheur de discussions entre les utilisateurs présents.

Un deuxième ajustement doit se faire sur l’interactivité. Tous les lieux ne pouvant pas assurer l’utilisation d’écrans, nous devons trouver une autre manière de traduire l’objectif “Permettre au public de s’approprier et d’intervenir sur le changement climatique à travers la consommation.”.

Dans une galerie marchande, facile ! Un public qui se balade avec sa liste de courses sur le téléphone est prêt à scanner un QR code si celui-ci attise suffisamment sa curiosité pour qu’il s’arrête. On peut donc conserver la direction artistique originelle de la Boutique fiction et l’augmenter encore plus.

Dans une bibliothèque… Eh bien les livres ne sont pas équipés de scan. Enfin, pas encore, mais on pourrait imaginer cet objet pour 2050 ? Bref, ce n’est pas le sujet. Nous devons donc trouver une autre manière pour permettre à ce public, venu à la bibliothèque, peut-être même pour se déconnecter un peu, de constituer son panier du futur. Dans le palais du papier, partons donc sur un catalogue de produits ! Faire un 2 en 1 ? Encore mieux. Et si ce livret devenait un support d’activités et de compréhension des autres messages pédagogiques de la Boutique fiction. On obtient, en plus, un objet donnant des clés de médiation au service du personnel de la bibliothèque toujours motivé et en demande de ce type de support.

Vous l’avez compris, tout est possible, peu importe la contrainte.

Les mathématiques au service de la rédaction

Parlons maintenant du contenu écrit.

L’idée est la même que précédemment : garder le sujet mais l’adapter à toutes les situations. Un texte tout terrain ? Pourquoi pas. Mais comment s’assurer qu’il reste compréhensible peu importe la façon dont cette exposition sera modulée ? Ou qu’il corresponde au public spécifique de ce lieu ?

Bienvenue dans le monde de l’optimisation

Afin d’optimiser tout ceci, quelques règles s’imposent :

  • Prendre les messages clés à transmettre ;
  • Définir ce que chaque partie écrite doit transmettre comme information. Récupérer, en quelque sorte, l’essence de chaque contenu existant ;
  • Identifier les spécificités du public cible ;
  • Identifier les contraintes d’espace et de format ;
  • Choisir une approche pour délivrer le message, en fonction des besoins identifiés dans les deux points précédents ;
  • Répartir chaque message sur un espace pouvant ensuite être modulé.

On obtient donc une sorte de trame de contenu appliquée dans l’espace. Permettant ainsi de s’assurer que l’exposition ne sortira pas, dans une version légère, sans le contenu d’introduction ou que le panneau de conclusion ne sera jamais séparé dans la version éclatée destinée à une galerie marchande.

Cela nous permet aussi de définir quel contenu ne sera imprimé que pour certains endroits et ceux qui existeront peu importe le lieu d’exposition.

Si nous devions résumer cette logique par une formule mathématique, elle serait la suivante : (public + contraintes) x (objectif pédagogique + angle d’attaque) = contenu de médiation.
Comme n’importe quelle démonstration mathématique fonctionne mieux avec un bon exemple, voici une mise en pratique concrète ! Si Camille donne 100 bonbons à June qui en mange 3…

Adapter le contenu au public cible

Reprenons le chaland avec son caddie rempli. Il est pressé, certainement une semaine fatigante dans les jambes, peut-être un enfant qui pleure à bord de son bolide. L’exposition lui offre une occasion, en premier niveau de lecture, de se distraire et de faire une activité qui sorte de l’ordinaire. En seconde intention, elle lui donne l’opportunité de rentrer chez lui avec des réflexions sur les enjeux climatiques et l’impact de ses choix individuels. Nous, on le sait, mais lui pas encore ! Alors, comment l’attraper et le convaincre, lui aussi, que c’était exactement ce dont il avait besoin ?

Le choquer un peu pour attiser sa curiosité ! Nous allons donc choisir pour notre contenu des phrases courtes, « catchy » et très inspirées des publicités de grande surface pour l’amener à se lancer directement dans l’activité de réalisation de son panier.

À l’inverse, un public qui visite un lieu culturel vient déjà avec l’intention de vivre une expérience. On peut envisager, pour le même objectif, d’avoir un angle d’attaque beaucoup plus fictionnel et immersif pour embarquer le public en 2050 et l’immerger dans un futur où la neutralité carbone a été atteinte ! Et, c’est uniquement en constituant son panier qu’il découvrira dans quel type de 2050 il atterrira.

Un dispositif comme nouveau terrain de jeu

On ne va pas vous laisser comme ça sans vous donner un peu de quoi patienter avant la sortie de la Boutique 2.0.

C’est parti pour un petit zoom sur la conception du dispositif autonome évoqué très subtilement plus haut.
Oui, on sait, vous n’allez pas relire depuis le début. Alors, pour rappel : nous avons identifié la nécessité de combler l’absence de médiateur par un dispositif de médiation, notamment pour accompagner la compréhension de l’influence de nos choix et de nos priorités sur notre mode de vie futur.

Objectifs pédagogiques et scénographiques

D’un côté, les objectifs pédagogiques :

  • Comprendre qu’il n’y a pas de solution idéale, mais que chaque choix à une conséquence ;
  • Accompagner un processus de réflexion sur la consommation avec l’exemple concret d’un objet existant au catalogue.

De l’autre, les objectifs scénographiques :

  • Avoir un dispositif proposant de la manipulation ;
  • Occuper l’espace central avec les vitrines horizontales permettant au public d’avoir une grille de lecture intuitive du sens de circulation.

3, 2, 1… fusion des objectifs et résultats sous vos yeux ébahis !

Nous avons imaginé d’utiliser une des vitrines horizontales pour y installer un dispositif mettant en scène un objet du catalogue.

Par un jeu de transparence et de couleurs de vitrines successives, l’objet dépourvu d’accessoire se retrouve équipé tantôt d’un tracker, tantôt d’un système de recharge, selon qu’il s’inscrit dans le scénario de Pari Réparateur ou plutôt celui de Coopérations Territoriales. Ainsi, pour chaque scénario, l’intérêt et l’usage de l’objet gadgétisé évoluent.

Sous la forme de jauges, ces deux critères sont décryptés et présentés comme des avantages ou des inconvénients. L’objet devient parfois très désirable mais son empreinte environnementale est catastrophique. Ou, il n’est pas pratique à utiliser mais aucun risque d’avoir des dérives dangereuses avec !
Ce système de jauges pour évaluer les caractéristiques d’un objet reprend la mécanique du Futuroscore, une animation utilisée sur notre triporteur et développée, justement, dans le cadre de la Boutique fiction. Testé, validé, réemployé.

Et après…

Évidemment, il reste encore un bout de chemin à parcourir pour finaliser cette mue du projet. Et, celui-ci passe par un travail de concert entre la médiation et la scénographie. Ce dernier dispositif en est l’exemple parfait. Le fond et la forme viennent se valoriser mutuellement pour un résultat qui sera, sans aucun doute, au rendez-vous.

Mais, pour le découvrir, il vous faudra attendre, encore  un peu…  sa diffusion est prévue pour le mois de juin !