Les Ateliers Mix’I.T : des ateliers pour bousculer les stéréotypes de genre en classe
Comment donner envie aux jeunes filles de s’orienter vers des métiers scientifiques, techniques et industriels, tout en déconstruisant les stéréotypes de genre qui persistent depuis des décennies ? Cette question constitue un enjeu sociétal majeur et est un axe de travail important pour la Fondation CGénial. Dans ce cadre, Instant Science a eu le plaisir d’animer des séances conçues par la Fondation autour de la mixité dans les domaines de la Tech et de l’industrie. Retour sur cette expérience enrichissante, à la fois pour les élèves et pour les animateurs et animatrices.
Seulement 24% des postes d’ingénieur-es sont occupés par des femmes !
Depuis les années 1990, les chiffres restent à peu près les mêmes : seulement 24% des postes d’ingénieur-es sont occupés par des femmes (Observatoire des ingénieurs et scientifiques de France – 2023), les femmes occupent 30% des emplois dans l’industrie en France (INSEE 2022) et, elles représentent 17% des personnes travaillant dans le domaine de la Tech (Global contact, Gender scan – 2022).
Pourtant, cette absence de femmes dans les sciences et techniques a des conséquences sur la société. Prenons un exemple : une femme a 73% de risques supplémentaires, par rapport à un homme, d’être blessée dans un accident de voiture. Pourquoi ? Parce que les crash-tests sont réalisés avec des mannequins de type homme et donc avec une anatomie de genre masculin. L’anatomie attribuée au genre féminin est beaucoup moins prise en compte et cela peut avoir de graves répercussions.
Alors, comment faire évoluer cette situation ?
C’est dans ce contexte que la Fondation CGénial a conçu les Ateliers Mix’I.T. L’objectif ? Déconstruire les stéréotypes de genre dans les sciences et les technologies et favoriser la mixité dans ces filières.
Les Ateliers Mix’I.T, qu’est-ce que c’est ?
Un Atelier Mix’I.T se déroule sur 2 heures et s’adresse à une classe d’élèves de collège ou de lycée.
Il se décompose en deux parties complémentaires et indissociables l’une de l’autre :
- Un débat mouvant (1 heure) autour de représentations et de stéréotypes. Lors de ce débat personnalisé, des faits, des portraits féminins ou encore des études sont proposés aux élèves pour étayer leur réflexion. Il s’agit de les faire parler et de débusquer les stéréotypes et leur permettre de réfléchir à la place des femmes dans les sciences.
- Une rencontre (1 heure) avec une professionnelle des métiers scientifiques et techniques. Lors de cet échange, elle présente son activité professionnelle et son parcours d’orientation, tout en répondant à des questions sur la vie quotidienne. Une attention particulière est portée à la question de la mixité.
Les ateliers sont proposés gratuitement aux établissements scolaires grâce au soutien de subventions publiques et privées*.
(*) Avec le soutien de la Région Occitanie dans le cadre de la compétence orientation scolaire, et la participation de collaboratrices et collaborateurs de nos entreprises mécènes : Dalkia, EDF, Safran et SLB durant l’année scolaire 2025-2026.
Le débat mouvant
Instant Science, partenaire de longue date de la Fondation CGénial, a été missionné pour l’animation du débat mouvant qui se déroule en parallèle de la rencontre avec la professionnelle.
Son principe est assez simple. Face à une affirmation, les élèves doivent se placer de part et d’autre de la salle en fonction de ce qu’ils pensent.
Par exemple, une fois l’affirmation “Le cerveau des filles est différent de celui des garçons.” énoncée, les élèves se placent côté Oui ou côté Non et la discussion est lancée : “Pourquoi pensez-vous Oui ? Pourquoi Non ?”. L’avantage du débat mouvant réside dans le fait que les élèves peuvent se déplacer et, en fonction des arguments avancés par les un-es et les autres, ils peuvent changer de positionnement.
Quelles représentations des femmes dans les sciences ?
L’objectif principal de cette intervention est de discuter autour des représentations que les élèves ont sur les femmes et les sciences et, notamment, sur la place des femmes dans les métiers scientifiques et industriels.
Beaucoup de notions sont explicitées : la mixité de genre, la parité, les représentations de scientifiques, l’effet Matilda, les stéréotypes de genre… et surtout, en fin de séance, les échanges invitent à une réflexion collective sur les moyens de faire évoluer cette situation.
On pourrait penser que ce sujet a été largement traité depuis de nombreuses années. Pourtant, il reste toujours d’actualité. On observe que, pendant les interventions, les élèves ont tendance à citer des scientifiques célèbres exclusivement masculins (Albert Einstein, Nikola Tesla, Bill Gates…). Même Elon Musk est parfois cité alors que des femmes qui ont largement contribué à l’avancée des sciences demeurent inconnues. Marie Curie fait toutefois office d’exception. Elle est une des seules femmes citées par les élèves. On constate que, grâce à la mise en avant des femmes scientifiques par les enseignants et enseignantes ou encore à des initiatives spécifiques, des figures comme Rosalind Franklin ou Hedy Lamarr sont quelques fois nommées, alors qu’il y a encore quelques années, personne ne les aurait mentionnées.
Les élèves sont très curieux et sont demandeurs d’exemples de femmes scientifiques. Ils sont, d’ailleurs, très surpris en découvrant l’histoire de Rosalind Franklin. En effet, elle s’est fait voler un prix Nobel par ses supérieurs masculins pour sa découverte de la structure en double hélice de l’ADN.
La réaction des élèves est sans équivoque : “Mais, ce n’est pas normal.”, “Mais, ça ne se fait pas !”. Ils découvrent ensuite que ce phénomène a un nom : l’effet Matilda. Celui-ci est décrit comme étant le déni, la minimisation ou l’appropriation du travail réalisé par des femmes scientifiques. Et souvent, les élèves réagissent et font le constat que ce phénomène ne se limite pas qu’aux sciences mais qu’il est aussi présent dans le sport par exemple.
Déconstruire les stéréotypes
Un autre temps fort durant le débat mouvant, et qui fonctionne aussi très bien, est l’analyse des boîtes de jeu scientifiques pour enfants autour de la question : quelles différences observez-vous sur les illustrations au niveau de l’utilisation des couleurs, des thématiques ou encore des attitudes des enfants ?
Après cette analyse, le médiateur ou la médiatrice fait réaliser aux élèves que ces stéréotypes font, malheureusement, partie de notre quotidien. Et que, bien au-delà des boîtes de jeux, ils influencent notre vision du monde. Ces stéréotypes se retrouvent, notamment, dans le monde du travail, et influencent la place que hommes et femmes devraient y tenir.
L’objectif est donc de faire prendre conscience aux élèves que ce sont des clichés et que chacune et chacun peut choisir son orientation le plus librement possible. Car, comment avoir l’idée de faire un métier si on ne voit personne qui nous ressemble l’exercer ?
Au-delà de la représentation des femmes, se pose aussi la question de la visibilité des personnes racisées, non genrées ou appartenant à d’autres minorités. Autant de réflexions que suscite cette intervention, qui se révèle tout aussi enrichissante pour les élèves que pour la personne qui l’anime.
Quels apports pour les élèves ?
Les élèves font souvent preuve d’une grande ouverture d’esprit et leurs remarques sont très matures et pertinentes. C’est un sujet qui les anime et ce format leur permet de s’initier ou de s’exercer à la pratique du débat, et d’éveiller leur curiosité pour des carrières scientifiques et techniques.
Il arrive, parfois, que certains élèves expriment des points de vue tranchés ou provocateurs. Cela reste, généralement, minoritaire, mais, il est important d’en tenir compte lors de la préparation de l’animation. En effet, plutôt que de nier ces paroles, il vaut mieux les accueillir, les confronter aux autres opinions et s’interroger avec les élèves sur les raisons pour lesquelles ces idées peuvent être exprimées.
Le débat mouvant est, sans nul doute, un format accessible et efficace pour confronter les points de vue des élèves, et, ainsi, leur permettre d’élargir leur vision et développer leur esprit critique. C’est aussi l’occasion pour eux d’exprimer leurs ressentis, d’être face à des faits avérés et de les ouvrir à d’autres perspectives.
Prenons l’exemple d’un élève, passionné d’informatique, qui a été surpris de découvrir que les premières contributions dans ce domaine venaient surtout de femmes, alors qu’il pensait le contraire. Cette expérience démontre l’importance d’aller au-delà des informations reçues et de remettre en question les idées toutes faites, notamment celles sur la mixité.
Instant Science est ravi de pouvoir participer à ces interventions et, plus largement, de contribuer à donner envie aux jeunes filles de s’intéresser aux sciences avec à la clé la possibilité d’exercer un métier dans les domaines scientifiques et techniques.